En quittant la rue du Rouleau et en passant par la petite Bêche, nous arrivons à la porte Grumsel : là, sur le seuil d’une petite maison, un homme en bras de chemise, bat le roulement sur un tambour bosselé ; c’est chez Conti, aux marionnettes. Avant de nous y rendre prendre du bon temps, disons d’abord comment cet amusement destiné à la marmaille a débuté : le père de Gilles, que tout Outremeuse connait, fit la connaissance du boiteux Talbot, un français qui avait pris gîte depuis longtemps à Liège, et ils tombèrent d’accord ensemble pour ouvrir un théâtre de marionnettes ; mais, comme pour toute entreprise, il se trouve aussitôt des gens qui ont l’idée d’en faire autant, on vit, presque en même temps, Marchand en Petite-Bêche et Paily sur la place d’Othée, ouvrir une baraque similaire. Au début, c’était sur la place où se tenait le manège qu’on jouait ; quelques madriers à quatre pieds fabriqués avec des brins de fagot, qu’on empilait la journée pour s’en débarrasser, étaient les bancs des premières qu’on payait deux centimes et demi ; derrière ceux-ci, il y avait une perche sur laquelle s’appuyer, là on restait debout et on ne donnait qu’un centime ; ensuite sur le faux grenier qu’on appelait le fenil, on y allait pour un centime et demi ; c’est là qu’on faisait le plus de tapage, tout comme au parterre au théâtre, sauf qu’en plus de brailler et de criailler, les forcenés du fenil se trouvant au-dessus des autres, jetaient sur ceux-ci par les fentes du mauvais plancher, tout ce qui ne leur y convenait plus ; il y avait encore un endroit où on payait comme les premières, c’était sur le lit, où des enfants espiègles, de vrais infatigables, faisaient des cumulets et encore beaucoup d’autres polissonneries, mais les puces, à leur tour, leur y faisaient repayer cela en les rongeant.